Nous avons finalement passe six nuits a Laayoune. Nous y avons passe des jours tranquilles, a nous promener, a jouer avec le petit Yassine...a ne pas faire grand chose en fin de compte, puisqu'il n'y a pas grand chose (pour ne pas dire rien) a faire dans cette ville, et qu'est-ce que ca fait du bien!
Puis nous avons pris un taxi commun pour Boujdour, qui est a environ deux heures trente de Laayoune. Et la, changement radical de decor: les maisons sont maintenant d'un jaune creme incroyablement beau, leger, et les portes et fenetres sont peintes majoritairement d'un bleu ciel intense, avec certaines exceptions vert turquoise pastel ou rose de Laayoune. Les maisons sont encore plus basses qu'a Laayoune, les rues encore plus larges, avec seulement de rares plaques de beton qui les recouvrent de temps en temps. Il y a aussi de tres nombreuses places, la ville est dans son ensemble tres aeree et lumineuse. Elle respire aussi le calme et la serenite, on s'y sent vraiment bien, j'adore!
La ville est cette fois au bord de l'ocean. Il y a un grand phare, heritage des Espagnols, etrangement place au milieu de la ville. La plage est etroite et escarpee, mon amour m'interdit de me baigner, il devient vert rien qu'a regarder les vagues. Et un vent a vous ecorcher vif souffle continuellement, et fait voler le sable qui s'infiltre sous les vetements et se cache dans les oreilles et dans les cheveux. Imaginez vous une pub sur une plage normande en automne, avec une femme emmitouflee dans un gros pull et les cheveux au vent, c'est a peu pres comme cela ici. Il fait pratiquement le meme temps toute l'annee, il n'y a pas de saison, meme si un homme m'a dit ce matin que j'ai encore de la chance parce qu'au moins le ciel est decouvert. Il y a aussi un magnifique petit port de peche. Les bateaux sont des barques derriere lesquelles les pecheurs accrochent des moteurs qu'ils emmenent chaque nuit. Ils sont peints en bleu a l'exterieur, avec une bande rouge tout en haut, et en vert a l'interieur, des couleurs intenses et chaudes, du plus bel effet. Les barques sont hissees sur une plage, il n'y a pas vraiment de port au sens ou nous l'entendons. Le travail se divise: quand les pecheurs reviennent, des hommes viennent avec des charrettes tirees par des chevaux recuperer le poisson, puis les barques sont hissees par des autres. Tout ce decor est incroyablement romantique.
Nous dormons ici dans le salon d'un autre oncle paternel, sa femme et leur fils de trois ans et demi. Cet oncle-ci parle francais, il est infirmier a l'hopital de la ville, et c'est tres agreable de trouver enfin quelqu'un avec qui converser (en plus de Brahim je veux dire). L'accueil est toujours aussi excellent, on mange bien et c'est tres propre. J'ai aussi rencontre un frere a Brahim, et d'autres personnes de sa famille (comme des cousins au 28eme degre).
ALors qu'a Laayoune j'ai pu voir un ou deux touristes, ici il n'y en a guere. Les enfants courent derriere moi dans la rue et crient Bonjour madame! C'est trezs amusant et chou. Et en plus desinteresse, ici ca n'a rien avoir avec Marrakech ou d'autres villes. Tout le monde est tres tres sympathique. Les gens restent fige sur moi quand je passe, Brahim attend avec amusement le moment ou un accident arrivera. En ce qui concerne la police, on s'est fait arreter quelque fois en ville, pour ma securite, pour savoir pourquoi Brahim est avec moi, et pour controler nos papiers. Mais surtout, ici dans le Sahara Occidental, nous nous faisons, ou surtout je me fais controler lors de mes voyages de ville en ville. Il y a toujours une etape obligee par le poste de garde a l'entree des villes, dans lesquels ils etudient longuement mes papiers, notent tout sur un cahier, me demandent pourquoi je suis ici et ce que je fais dans la vie. Puis ils interogent Brahim, prennent son numero de telephone et le chef de la police l'appelle toujours un peu plus tard pour lui poser encore d'autres questions. Ici a Boujdour il a meme du aller au poste principal le jour apres notre arrivee, et on lui a encore pose des questions. Mais ils sont toujours tres gentils et polis, et demandent toujours a Brahim de me dire que c'est juste pour ma securite.
En ce qui concerne ma petite sante et mon moral tout va tres tres bien. Apres trois jours de greve de la soif de peur de devoir aller aux toilettes j'ai meme pu prendre l'habitude de les utiliser. Malgre le froid j'ai quand meme bien bronze au visage et aux bras - eh oui Loïc tu avais raison, je ne sais pas si ailleurs je vais revenir plus bronzee qu'avant. Brahim est en train de tout preparer pour son passeport, et quand il sera fini on decidera ou on va, si Dakhla au sud, retour a Laayoune au nord, ou si on reste encore ici. Moi j'espere qu'on pourra aller a Dakhla, suite au prochain episode...